Il est huit heures. Huit heures trente peut-être. Qu’importe ! Elle ne sait jamais, Camille, l’heure qu’il est vraiment. S’il fait beau ? Sans doute. En tout cas, il ne pleut pas, elle entendrait les gouttes qui piquent les vitres inclinées de sa petite chambre sous les toits. L’air est doux. Pourtant, elle frissonne. Elle a toujours un peu froid, Camille. Menue, perdue au milieu d’une superposition de chandails qui la raidit, elle sent encore ce courant d’air, fichu courant d’air qui vient du dedans d’elle. C’est ainsi, depuis la nuit de temps !
Ça sonne bien, Camille. C’est un prénom noble, latin, au charme puissant. Un prénom bien d’ici. Et elle possède les boucles blondes, les yeux clairs et le nez court qui collent à l’image qu’on s’en fait. Mais il ne lui va pas, ce prénom. Puisque tout en elle vient de là-bas. Là-bas, ailleurs, partout, mais pas ici. Lovée dans sa bulle imaginaire, elle sombrerait bien dans un nouveau sommeil. Encore un peu, juste quelques secondes d’errance dans la brume de cette demi conscience où tout semble ouaté, soudainement si flou, si proche d’elle. Mais les autres vont arriver. Faire irruption dans sa chambre, dans son lit, dans sa vie. D’une minute à l’autre. Il y aura des voix de femmes, au loin, qui chuchotent, complotent. Des voix connues qui finiront par dire « Bonjour Camille ! », dans un accord parfait. Des voix qui n’attendront aucune réponse.
Texte lu par Catherine Bary, actrice