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Baruffa | Isabelle Bary

Catégories : 21e siècle, Belgique, français, Roman

ISABELLE BARY a signé avec Baruffa un roman très travaillé et abouti. Elle y narre quelques années de la vie d’Alice, depuis l’année dite « de la colombe » jusqu’à celle associée à la fouine, celle du temps présent de la narration, pendant laquelle elle revient sur son histoire. Plus particulièrement, elle se souvient de l’irruption de Diane dans son existence, une manipulatrice qui s’immiscera dans chacune de ses relations pour prendre sa place, un « hippopotame » qui aura raison de la frêle « colombe » qu’elle était alors. Malgré le drame de cette situation, elle saura se reconstruire petit à petit, grâce à de nouvelles rencontres, à sa famille et à ses lectures. Chaque animal ainsi associé à une année de vie se répercute sur la narration et devient une clé de lecture.

Sous la légèreté fantaisiste de ce procédé animalier, le roman est néanmoins plus profond qu’il n’y paraît et atteint le lecteur en plein cœur par son mélange de drame, d’espoir et d’humour. En effet, si la gravité du sujet n’est pas occultée, un rire semble toujours demeurer dans la tristesse, une forme d’autodérision salvatrice. En outre, Isabelle Bary interpelle en abordant la question de ce qu’est « vivre » ; une vie sans risque en est-elle vraiment une ? Est-il possible de vivre coupé des autres et des sensations ? Comment vivre en étant perpétuellement caché derrière les mots, coupé de la réalité qu’ils désignent ? Ces interrogations, suscitées par le parcours d’Alice, ne peuvent laisser indifférent et s’insinuent profondément dans l’esprit du lecteur. – Même la vie, parfois, n’est pas vraisemblable. Quelle est la proportion de vérité et de fiction dans nos existences ? On est capable de tant imaginer pour transgresser la réalité. Et pour y croire. Souvent sans le savoir. On ne vit de belles histoires que si on s’expose ! Quand on les crée, c’est pareil. Encore un risque à prendre ! [p. 257]

La narration est également très travaillée et réfléchie, ainsi qu’en témoignent des passages réflexifs sur l’écriture, la façon de raconter, ou encore la part de fiction dans la réalité. Le personnage d’Alice, en tant que narrateur, endosse à la fois le rôle d’auteur (scripteur de son histoire) et de lecteur (par le retour sur son passé qu’elle cherche à comprendre et commente, elle se place en spectatrice d’elle-même). Ces multiples positionnements créent une confusion qui, étonnamment, précise l’image du personnage dans l’esprit du lecteur, au lieu de le rendre plus flou, et fait croire en son existence. De même, l’introspection est si bien approfondie qu’une part autobiographique, niée en fin d’ouvrage par la formule traditionnelle, se laisse soupçonner. Néanmoins, qu’importe la vérité de l’auteur à ce sujet, car qui peut dire « quelle est la proportion de vérité et de fiction dans nos existences ? » ; l’essentiel est le message perçu par le lecteur et ce qu’il remue en lui.

Un roman de reconstruction de soi, passionnant et très bien construit.

NOTE | Autour d’Isabelle Bary : tandis que j’ai choisi Baruffa à la Foire du Livre, Laeti a quant à elle préféré lire le dernier roman d’Isabelle Bary, Zebraska.

Baruffa d’Isabelle Bary

Luce Wilquin (Avin), 2009 – 1re publication

Publié par Mina Merteuil le 19.6.15

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